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Accueil en Belgique de deux jeunes Roumaines en "Service Volontaire Européen" en 2005

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Qu'est-ce que le Service Volontaire Européen ?
Les témoignages de Loredana Dicsi et Anca David
L'interview de Béatrice Willemaerts, Présidente de Views

Qu'est-ce que le Service Volontaire Européen ?

Extrait du site belge du Programme Jeunesse de la Commission européenne :
http://users.skynet.be/bij/.

Le Service Volontaire Européen (SVE) offre aux jeunes de 18 à 25 ans l'occasion unique de partir comme volontaire dans un autre pays.

Ce volontariat s'effectue dans le cadre d'un projet proposé par une association locale agréé par l'Agence nationale du pays d'accueil. Plus de 4.500 possibilités existent dans des domaines très variés : art, culture, environnement, animation, santé, action sociale, etc. Tous à but non lucratif, ces projets doivent bénéficier à la collectivité d'accueil. Attention, ils ne peuvent pas être rémunérés ni se substituer à un emploi (ndlr : le jeune volontaire est pris en charge au niveau logement, nourriture et argent de poche).

Objectifs

Loredana et Anca sont deux jeunes Roumaines qui ont effectué un service volontaire européen (SVE) de 6 mois au sein même de VIEWS, de juin à décembre 2005. Vous pouvez lire leur témoignage tel qu'il a été publié dans le journal du BIJ. En bref, voici ce qu'elles ont retiré de leur SVE :

Loredana :

"Une expérience comme ça peut aider n'importe qui à connaître ses capacités, à se découvrir soi-même et à se renforcer. C'est une grande opportunité de faire ses premières armes en étant soutenus avant de se lancer dans ses propres projets."

Anca :

"Travailler pour VIEWS dans le cadre d'un Service volontaire européen représentait un grand défi pour moi : c'était l'occasion d'apprendre tellement à propos de la déficience visuelle et sur les projets européens, c'était une nouvelle culture, de nouvelles habitudes, c'était apprendre à connaître de nouvelles personnes et ... à me connaître moi-même.

Après 6 mois, j'avais le sentiment d'avoir évolué en tant que personne et je commençais à voir plus clair dans mon futur professionnel; et j'avais trouvé de nouveaux amis, des personnes sur lesquelles je sais pouvoir compter..."

Interview de la Présidente de Views, Béatrice Willemaerts

Béatrice, le Service volontaire européen, qu'est-ce que cela représentait pour toi avant d'en faire l'expérience ?

Pour moi, c'était une opportunité à proposer aux jeunes pour faire des séjours à l'étranger plus longs que les stages d'été, qui ne durent que 3 semaines. Car l'objectif général de notre action, c'est toujours l'autonomie des jeunes déficients visuels.

Or, atteindre l'autonomie en 3 semaines, ce n'est pas possible. Par contre, le SVE place les jeunes dans une situation dynamique puisqu'ils sont en situation de travail, dans une situation sociale ouverte puisqu'ils doivent en même temps vivre, travailler, rencontrer d'autres jeunes et, sur la durée, cela leur permet aussi d'acquérir une certaine indépendance : autonomie parce qu'ils ont le temps d'acquérir suffisamment de mobilité et de connaissances en AVJ mais autonomie aussi simplement, d'une façon générale, dans l'organisation de leur vie et de leur milieu de vie : savoir aménager sa journée et son temps seul(e), prendre l'initiative de rencontrer des gens ou de ne pas en rencontrer, etc.
Organiser son milieu de vie et, au-delà, se faire un projet de vie aussi ?
C'est vrai, il y a aussi cet aspect "projet de vie". Le travail que les jeunes effectuent durant leur SVE doit correspondre, sinon à leur projet de vie, du moins à un projet à eux. Sur une période plus longue, les jeunes ont l'occasion de se confronter à la réalité : est-ce que c'est ce qu'ils avaient imaginé qui se passe ? comment sont-ils capables d'y faire face ? Et ils peuvent dès lors repenser leur projet (de vie).
Oui, c'est surtout la longueur du projet du SVE qui permet d'entrevoir de nouvelles choses.
Des choses qu'ils n'auraient pas l'occasion de rencontrer ou de faire par d'autres moyens ?
Peut-être y a-t-il d'autres moyens ! En tout cas, le fait d'être en dehors de chez eux, de leur milieu habituel, que ce soit le milieu familial, scolaire, professionnel, celui des amis et ce, pendant longtemps, ça les met dans un cadre où ils doivent tout repenser par eux-mêmes, où ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes : cet aspect-là m'intéressait vraiment beaucoup.
Et maintenant que tu as fait expérience du SVE ?
Loredana et Anca m'ont toutes les deux dit que, depuis qu'elles avaient fait leur SVE, elles n'envisageaient plus du tout l'avenir de la même façon et que beaucoup de choses avaient changé pour elles dans leur tête. En tout cas, elles ont l'impression d'appréhender la réalité de façon plus concrète. Il y a des choses dont elles ont dû faire le deuil et - elles l'ont dit d'ailleurs - ça n'a pas toujours été facile - et des possibilités aussi qu'elles ne soupçonnaient pas ; que ce soit à l'extérieur ou en elles-mêmes.
De manière plus concrète peut-être ?
Tout ce qui concerne les projets européens ! Pour elles, ça a vraiment été une très grande découverte quand elles sont allées 5 jours en Angleterre suivre une formation aux projets européens ; ça leur a vraiment ouvert des horizons ; et quand elles sont revenues de là, elles ont donné un sens à ce qu'elles pensaient jusque là de façon un peu confuse au sujet de leur avenir et de leur projet de vie.
Et en en discutant, nous avons alors mis en place des cours de gestion mentale, avec des objectifs distincts pour chacune d'entre elles, afin qu'elles puissent acquérir les compétences nécessaires.
Elles ont en effet un grand projet pour lequel elles envisagent de faire des choses ensemble. C'est donc aussi qu'elles trouvent que leur équipe actuelle fonctionne bien ensemble, qu'elles se sentent très complémentaires l'une de l'autre, au niveau du travail comme au niveau du contact social.
Et, faut-il le dire quand même, au niveau du problème visuel
Ah oui, et du problème visuel. Ça, c'était une donnée de départ : on avait dit, vous venez à deux, il faut un jeune déficient visuel et un voyant ; mais encore fallait-il aussi un peu d'alchimie entre les deux volontaires!
Très concrètement, qu'est-ce que deux jeunes Roumaines, dont tu ne connaissais pas le niveau de français au départ, peuvent faire pour t'aider dans tes tâches de gestion journalière de Views ?
D'abord, elles parlent un français qui est tout à fait satisfaisant au niveau de la communication verbale !
Du fait qu'elles étaient deux, j'ai longtemps hésité à savoir si je leur donnais des tâches à accomplir ensemble ou si je différenciais les tâches : en fait, j'ai fait les deux ! Au niveau des gros projets notamment, j'ai partagé les responsabilités et elles sont elles-mêmes maintenant chacune en coordination avec d'autres personnes extérieures pour la réalisation du projet.
Grâce à elles, à leur enthousiasme et au travail qu'elles ont réalisé, beaucoup de nouveaux projets sont arrivés ; et c'est clair que, seule, je n'aurais pas pu envisager autant de nouveaux projets ; donc, pour moi, ça a été très important le fait de me sentir soutenue par elles.
Le SVE, c'était aussi pour toi le moyen d'assurer une certaine pérennité à l'une des missions de Views, qui est de mettre en place les échanges d'été ?
Ça, c'était le premier projet! En fait, j'aurais peut-être dû commencer par là parce que les SVE, au départ, ont été mis en place en réponse au fait qu'une association dans un pays n'a droit qu'une seule fois aux subsides du Programme Jeunesse pour organiser un échange de jeunes. Donc, pour 2005, il fallait que ce soient des jeunes qui le fassent dans un autre pays, et on pourrait ainsi tourner de pays en pays : les jeunes étaient très enthousiastes mais en même temps très réalistes : "Ça paraît tellement compliqué, on n'oserait pas se lancer comme ça" ; et donc, on s'est dit que ce serait peut-être bien que les jeunes qui envisageaient de le faire puissent se former dans un autre camp et c'est à ce moment-là que nous avons pensé à le faire une seconde fois en 2005 en Belgique, mais de manière différente de la première, c-à-d que le projet serait pris en charge par deux jeunes Européens (non belges) qui viendraient en Belgique pour voir de l'intérieur "comment ça fonctionne". Dès le départ, ce sont aussi les jeunes qui ont dit : "Comme c'est un gros projet, il vaut mieux être deux et il vaut mieux être un déficient visuel et un voyant."
Mais ma première réponse sur ce que représente le SVE, c'est ma réponse à moi, puisque depuis la création de Views en 2001, mon objectif a été de permettre aux jeunes déficients visuels européens d'aller à l'étranger pour une période assez longue pour acquérir leur autonomie, parfaire leur projet de vie, etc.
Le SVE, c'est aussi pour Views le moyen de s'élargir et finalement, que les activités ne restent pas en Belgique mais s'européanisent et éventuellement se multiplient.
Ça, c'est une évolution dans le projet de Views ! C'est en lisant l'action SVE du Programme Jeunesse que je me suis rendu compte : les jeunes se rencontrent, vont à l'étranger, en plus cela se passe dans un cadre beaucoup plus concret et pratique que je n'avais imaginé au début et ça, je trouve que c'est vraiment un plus. Aussi le fait que ce soit à travers toute l'Europe et pas seulement dans un pays.

En résumé, c'est vrai que le SVE, ça répond à un désir de nombreux jeunes, déficients visuels ou non. Je suis vraiment contente que les choses se soient mises en place cette année : autonomie renforcée, ça c'est clair ; projet de vie renforcé, ça c'est clair !

Le partage du travail entre voyant et non voyant : là, on n'en est encore qu'au début : c'et vrai que c'est quelque chose qui n'est pas du tout évident de travailler avec une personne déficiente visuelle.
Dans l'esprit des gens ?
Dans l'esprit des gens et pratiquement quand il faut organiser du travail. C'est vrai que c'est plus facile de donner du travail à un voyant qu'à un non voyant et qu'il faut chaque fois réfléchir! Je crois que spontanément, on a plus envie de donner du travail au voyant parce que c'est plus facile, mais notre rôle n'est pas là ! Et il faut continuer à chercher !
D'autant plus que si toi, qui es maman de fille aveugle, tu as cette tendance déjà, une personne qui n'est pas habituée au milieu de personnes aveugles aura d'autant plus de difficultés!
C'est pour cela que là, il faut vraiment créer des outils ; et ça peut être des choses très concrètes : l'informatique mais aussi des méthodes de travail ; ou même au niveau informatique, des méthodologies dans l'utilisation de l'outil informatique pour faciliter l'approche des tâches à accomplir : par ex, remplir un tableau, ou comment s'y retrouver plus facilement dans l'ordre des tâches à accomplir : en commençant par certaines tâches plutôt que par d'autres, on perd moins de temps.
Et c'est quelque chose de plus difficile pour une personne non voyante que pour une personne voyante ?
Ce n'est pas évident, parce que souvent la personne déficiente visuelle essaie de faire comme la personne voyante alors qu'elle a parfois besoin d'éléments dont la personne voyante n'a pas besoin pour travailler ; et donc, il faut d'abord qu'elle acquière la maîtrise de certains éléments avant de se lancer dans la tâche à accomplir.
Est-ce que tu peux être un peu plus concrète ?
C'est clair qu'il y a une lenteur et donc une perte de rentabilité assez importante dans le travail. J'ai travaillé avec une jeune non voyante, une jeune malvoyante et une jeune très malvoyante: ce sont trois jeunes qui ont des résidus visuels différents, trois jeunes qui sont intelligentes, multilingues, donc le problème n'est pas à ce niveau-là, je crois vraiment que c'est un problème lié à la déficience visuelle.
C'est quelque chose qu'il faut vraiment savoir quand on commence à travailler avec les personnes non et mal voyantes, et c'est quelque chose qui est très difficile à accepter, pour elles comme pour nous.

Je pense qu'on peut pallier partiellement cette perte de rentabilité en développant des outils. Et cet aspect-là, c'est certainement un des objectifs que je me pose justement dans le cadre des SVE : un SVE adapté donc (voir lien "SVE coordonné" ci-après). Vraiment ! Et là, il y a beaucoup à faire.


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